Cher le bio ?

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le 10 septembre 2010

Je me nourris bien


© D.R.

La récente étude de Familles rurales annonçant les fruits et légumes 70 % plus chers que les productions conventionnelles est a pondérer. Explications de texte.

On ne nous dit pas tout… L’étude menée par Familles rurales concernant les fruits et légumes bio, a omis quelques éléments essentiels, que Biocoop souhaite rappeler. 
En effet, face à un tel sujet, il est important d’avoir une meilleure connaissance des enjeux de l’agriculture biologique et plus particulièrement de la réalité du marché des fruits et légumes afin de comprendre une telle étude.

Une étude à pondérer
La période de comparaison des prix est trop courte et n’est donc pas suffisamment significative.
« Le marché des fruits et légumes est en fluctuation quotidienne. La saisonnalité des produits, les volumes de production et les conditions climatiques sont des paramètres qui influent sur les prix et ce, tous les jours » explique Marc Heber, Directeur secteur fruits et légumes de Biocoop. 
La météo est un élément déterminant dans la production de fruits et légumes bio. Pourtant, l’étude ne prend pas en compte les conditions météorologiques de 2010, des conditions qui ont été très difficiles pour l’agriculture biologique (gelées et froid tardifs, pluie insuffisante). 
« En production biologique, les légumes et les fruits sont en plein champ ou dans des abris dépourvus de moyens de forçage. Ils sont bien plus soumis aux aléas climatiques que les productions conventionnelles, souvent sous serres chauffées et hors sol. Les fluctuations de la consommation et le jeu de l’offre et de la demande s’opèrent en défaveur des producteurs » reprend Marc Heber. 
Une enquête portée sur une saison complète, pendant 2 ou 3 ans, eût été alors plus pertinente. Elle aurait probablement révélée une différence de coût plus insignifiante.

Le coût d’une consommation responsable
La consommation de produits bio est avant tout une consommation responsable qui prend en considération des facteurs environnementaux et humains.
Le juste prix des fruits et légumes bio est primordial. En amont du prix final, il y a le coût de revient du produit à la charge de celui qui le produit : l’agriculteur. 
L’agriculture biologique exige beaucoup de main d’œuvre et un savoir faire précis qui méritent, comme toutes compétences, d’être rémunérés à leur juste valeur. Des coopératives comme Norabio ou des réseaux de distribution comme Biocoop attachent une importance particulière à la juste rémunération du producteur afin que celui–ci puisse vivre décemment de ses productions. « L’agriculture biologique ne prendra pas le même chemin que l’agriculture conventionnelle ! Aujourd’hui, un agriculteur en conventionnel ne peut plus vivre de sa production – bradée au profit des grands distributeurs- mais doit compter sur les aides et les subventions de l’État pour survivre. » commente Marc Paugam, Directeur de l’APFLBB, Association des Producteurs de fruits et de légumes biologiques bretons.

Vendre et consommer
sont des actes responsables
qu’un prix devrait illustrer au mieux.

De même, « La moitié des agriculteurs vivent avec moins que le SMIC. Alors que le rôle du paysan est de plus en plus marginalisé, la bio propose une alternative qui repose sur des enjeux de partage. La bio qui emploie une main d’œuvre de longue durée et moins saisonnière, contribue aussi au maintien d’un tissu social en milieu rural.» précise Vincent Lestani, Directeur de la CABSO, Coopérative des Agriculteurs Biologistes du Sud Ouest.
On ne nous dit pas tout ! Avec leurs pratiques de prix bas, les grands distributeurs nous font croire qu’il est possible de payer fruits et légumes en dessous de leur prix de revient, sans qu’il n’y ait aucune conséquence. Alors, nous les consommateurs (de base), on est déconnecté du prix réel et oui le Bio, on trouve ça cher.
Les coûts cachés du conventionnel. Nappes phréatiques polluées, abeilles en voie d’extinction, pesticides inhalés par les producteurs et dispersés dans l’environnement, des OGM dans les aliments… Face à ces conséquences, des mesures sont prises et mises en place que les producteurs mais surtout les consommateurs payent indirectement par leurs impôts. La facture sur l’environnement et la santé est lourde !

Des mesures concrètes pour baisser vraiment les prix de la bio
La production biologique est encore insuffisante en France pour répondre à la demande des consommateurs. Il faut donc développer l’agriculture biologique pour que les prix baissent sans pour autant léser les producteurs.
Le Grenelle de l’Environnement a fixé un objectif de 6% de la SAU (surface agricole utile) exploités en agriculture biologique pour 2010. A moins de 5 mois de l’année 2011, seuls 2,5% de la SAU lui sont dédiés.
Il faut donc soutenir la conversion pour développer l’agriculture biologique. Pour un agriculteur, être en conversion, c’est-à-dire passer de la pratique d’une production conventionnelle à celle d’une production biologique est un pari sur l’avenir, il investit et s’investit tandis que sa production ne pourra être vendue comme production biologique, car il faut attendre 3 ans. Aussi, pour lever ce frein et inciter à la conversion, des aides et des subventions conséquentes doivent être débloquées par l’État et les organismes concernés.
« Avec Horizon 2012, le ministère de l’Alimentation, de la Pêche et de l’Agriculture a estimé, pour 2010, à 29 millions d’euros, une enveloppe destinées aux aides à la conversion et au maintien à l’agriculture biologique. Or, il faudrait moins soutenir l’agriculture intensive polluante et génératrice de coût environnemental pour la société (pollution des nappes phréatiques, d’appauvrissement sociétal (désertification rurale), insécurisant pour le consommateur (résidus de pesticide) au profit de l’agriculture biologique qui apporte une réponse concrète à ces trois problèmes. » explique Vincent Lestani.
Biocoop, acteur militant et engagé depuis 25 ans pour le développement d’une agriculture biologique, souligne que vendre et consommer sont des actes responsables qu’un prix devrait illustrer au mieux. Plus particulièrement lorsqu’il s’agit de produits qui impliquent le travail de femmes et d’hommes qui vivent d’une production aléatoire.

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