Mourir en forme

Le bio grignote du terrain sur l’agriculture conventionnelle, tandis que celui des maladies environnementales est en constante progression. Ces pathologies pourraient devoir leur genèse à des pollutions physiques, chimiques et microbiennes et se transmettre à nos enfants.

Baril_rouge

Il y des moments où, cœur content et pied léger, on se dit que les choses bougent. Les chiffres de l’Agence Bio, qui organise du 1er au 15 juin la 7e campagne de promotion du bio, confirment l’engouement des Français en la matière, qui progresse de manière significative. En 2015, 90% des consommateurs achètent bio occasionnellement, contre 37% en 2003. La ménagère remplit désormais son panier bio un peu, beaucoup, passionnément voire à la folie, par souci pour sa santé et celle des siens, la motivation individualiste primant au départ sur l’avenir de la planète. On en danserait la Carmagnole. Sauf que…

Le nombre d’hectares cultivés en bio en France (1,3 million en 2015, soit + 17%), représente à peine 5% du territoire agricole. Pas de quoi se rouler dans l’ergot de seigle. La vente de produits bio atteint seulement 2,5% de la consommation alimentaire totale. Et pour couronner le tout, les grandes enseignes qui se mettent au bio importent des produits dont la provenance lointaine a une empreinte écologique désastreuse. À quoi bon consommer une pomme bio du Chili qui a franchi les frontières par avion ? Et dont nous ne maitrisons pas les méthodes de certification ?

En matière de décision d’achat, les arbitrages sont parfois complexes. Faute d’avoir les données essentielles, notre avis n’est pas toujours bien tranché. Le secteur agro-alimentaire dispose d’une telle force de lobbying pour nous faire avaler des couleuvres qu’il est parfois plus facile de fermer les yeux et de se laisser bercer par leur petite musique de prix. Ce prix étant le premier frein qui empêche de consommer bio, le filet de courgettes éco + a encore de beaux jours devant lui à côté des légumes terreux du producteur local (qu’il faut laver en plus ? Et ma french ?). Désolée de vous le dire, les vernis à ongles aussi sont toxiques. Les peintures, les colles, à cause des composés organiques volatils ou du formaldéhyde qu’ils contiennent. La charcuterie à cause des conservateurs nitrités.

Désolée de vous le dire, les vernis à ongles aussi sont toxiques.

À ce stade, je propose d’effectuer ensemble quelques respirations profondes. Commencez en fermant les yeux. Inspirez très lentement comme si vous vouliez toucher votre front avec vos pupilles, puis expirez en direction de votre ventre. Répétez l’opération 5 fois au moins, sentez que votre respiration s’allonge.

Bien. Car la suite risque de ne pas trop vous plaire. Dans son dernier ouvrage fort documenté, « Comment naissent les maladies … et que faire pour rester en bonne santé », éd. Les Liens qui libèrent, le Pr Dominique Belpomme, cancérologue, explique au béotien comment les pollutions environnementales jouent un rôle essentiel dans le développement des maladies aussi graves que la cancer, l’obésité, le diabète, les allergies, les maladies cardio-vasculaires mais aussi la maladie d’Alzheimer, l’autisme et d’autres pathologies émergentes.

Pour faire sa démonstration, ce médecin, auteur d’un premier ouvrage qui développait ce modèle explicatif environnemental pour le cancer en 2005, s’appuie sur plus d’une décennie de recherches, une trentaine d’articles scientifiques publiés et 3000 autres analysés.

Ses études montrent que les substances polluantes que nous émettons (pratiques agricoles, industrie, automobile etc) sont non seulement cancérigènes pour ne citer que ce fléau, mais engendrent aussi des modifications épigénétiques que nous pouvons transmettre aux générations futures.

Les substances polluantes que nous émettons engendrent des modifications épigénétiques que nous pouvons transmettre aux générations futures.

À la manière de la larve d’abeille qui devient reine ou ouvrière en fonction de la gelée royale reçue, nous exprimons notre patrimoine génétique en fonction de notre environnement. Cette expression particulière, potentiellement perturbée par une substance toxique, pourrait faire partie de notre héritage aux descendants. Ce qui expliquerait pourquoi des cas de cancers apparaissent chez des sujets de plus en plus jeunes. Et vient nuancer les thèses classiques qui pointent le vieillissement de la population, un meilleur dépistage, les addictions (alcool, tabac) et une mauvaise hygiène de vie comme responsables majeurs de l’augmentation de nombreuses pathologies.

Les sceptiques, à l’image de la Commission européenne qui vient encore une fois d’ajourner l’interdiction du glyphosate aux calendes grecques (le Roundup reconnu probablement cancérogène par l’Organisation Mondiale pour la Santé, toujours déversé par bidons par les agriculteurs ET les jardiniers amateurs dans la nature), pourront se dire que le Pr Belpomme n’est qu’une voix parmi d’autres, et qu’il doit avoir des intérêts dans la compote bio.

Les littéraires ésotériques diront que Belpomme est un aptonyme sympathique, signant certainement ainsi sa sincérité. Le mérite de son livre est de proposer à des non-scientifiques un accès à des débats qui sont souvent accaparés par les spécialistes car complexes. Pourtant, la santé est bien l’affaire de tous.

Comment naissent les maladies…et que faire pour rester en bonne santé, Pr Dominique Belpomme, Les Liens qui Libèrent, avril 2016, 429p., 23,80€.
Épigénétique, nous sommes ce que nous mangeons, documentaire de 2008 de Frank Papenbroock et Peter Moers (diffusé sur Arte en 2009).
Voir en ligne :1/3,2/33/3
Printemps BIO 2016 : www.labiodes4saisons.eu
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4 commentaires

  1. avatar Aude
    Mercredi 25 mai 2016 à 16:00

    Ciel, nous sommes perdus! Je cours me faire une detox bio dans un Ashram Indien ou m’acheter le caisson a oxygene de MJ. Que faire si la sante, certes l’affaire de tous, n’est finalement pas un domaine ou individuellement nous pouvons avoir une reelle influence?.. Encore une fois, juste, drole et tres bien vu, Bravo!

  2. avatar Blanche Casteele
    Mercredi 25 mai 2016 à 16:27

    Merci Aude ! Il y a de l’espoir ! Nous pouvons tous cultiver notre jardin et échanger nos semences ;)
    Au passage, fais passer tes bonnes adresses d’Ashram, en Inde ou ailleurs.

  3. avatar Amandine
    Mercredi 25 mai 2016 à 16:52

    En parlant du glyphosate…
    Dans « Un jour dans le monde » sur France Inter le 19 mai, j’ai entendu le témoignage d’un agriculteur qui dénonçait la tendance depuis quelques années à ne pas faucher les bords d’autoroutes et à y semer de jolies plantes « écolos ».
    Moi, à l’époque, j’avais trouvé ça génial. Enfin une initiative écolo, simple, visible, bref pédagogique et à notre portée !
    Sauf que pour les agris dont les champs sont juste à côté, il semble que laisser pousser ou planter ces jolies petites graminées est extrêmement nocif pour leurs cultures cas les graines s’envolent et se répandent dans leurs champs, et que la solution qu’ils ont (choisissent/sont obligés d’adopter?) est d’utiliser des pesticides.
    Où l’on voit que l’on manque sérieusement de concertation des politiques publiques…

    http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1288487

    P.S: chez nous on mange les fruits et légumes bios, locaux et de saison… mais les pommes et les poires n’offrant une diversité que très limitée, j’ai craqué (oh mon dieu!) pour des bananes. Dois-je me sentir coupable, docteur ? ;)

  4. avatar Blanche Casteele
    Mercredi 25 mai 2016 à 17:52

    En effet, ils auraient pu penser à mettre des moutons !
    Pour la banane, il n’y apparemment pas encore de production bio et équitable aux Antilles, alors on l’achète à sa biocoop en provenance de République Dominicaine, Pérou ou Équateur. Et on la garde !
    http://www.achetons-responsable.fr/nos-ecos-reportages/la-banane-bio-equitable/

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