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« Ça sert à quoi d’être humain ? » Ce samedi s’augurait sans conteste sous un angle philosophique. L’abyssale question valait bien que je me resserve une rasade de thé vert au riz soufflé pour m’aider à méditer. « Ma chérie, tu en penses quoi, toi ? » avais-je rétorqué à ma petite de 7 ans pour gagner du temps, en pensant l’inscrire au caté finalement, comme elle le réclame depuis quelques temps. 

Il y a des questions qu’il est utile de partager, en toute mauvaise foi.  « Vu qu’on va tous mourir et qu’il y aura plus d’hommes et plus de planète, ça sert à rien » répondit la mignonne. Bien. Inutile d’argumenter, donc, sur la beauté de l’éphémère. « Si ça sert à rien, autant en profiter pour aimer, rigoler et rêver non ? » proposais-je, ce à quoi elle acquieça en haussant les sourcils, signe de son affliction devant la banalité de ma réponse. J’avais en réserve un exemple de choc que je dégainais le soir même.

©Hugo Marty

©Hugo Marty

La météo était avec nous en ce jour d’automne et le ciel était clément, puisque nous allions assister au spectacle équestre « On achève bien les anges » de Bartabas dans son repaire, Fort d’Aubervilliers, Grand Paris, France, planète Terre. Je comptais sur la magie de ce grand artiste flanqué de sa troupe, clowns musiciens, acrobates, chevaux et dindons pour mettre de côté La Question et alimenter la boîte de stockage « féérie » de nos cerveaux respectifs. Ce fut chose faite et fort heureusement le stockage étant illimité, nous enregistrâmes ces moments qui stimulèrent toutes nos aires cérébrales et nos cinq sens pendant plus de deux heures.

Ce qui est plutôt drôle, c’est que justement, la mort est au centre de la mise en scène du spectacle . Loin d’être lugubre, les saynètes s’enchaînent pour s’en moquer, en rire, la célébrer, la danser, à tel point que les questions existentielles perdent de leur importance devant tant de farandoles gondolantes. Chevaux doucement dressés qu’ils jouent seuls en liberté sur la piste, clowns musiciens bidonnants venant interrompre de leurs facéties les moments plus graves rythmées par la musique de Tom Waits, funambules sur le toit du monde glissant sur les hordes d’animaux apaisés… le spectacle fait communiquer les hommes et les animaux comme jamais, sublimant les fantômes convoqués en pitres pour l’éternel.

Le spectacle fait communiquer les hommes et les animaux comme jamais, sublimant les fantômes convoqués en pitres pour l’éternel.

Durant le show, la petite se porta candidate pour tester les « testicules de taureau halal » proposées par le clown marchand ambulant de la boucherie confiserie. Le bonhomme lui ayant refusé ce plaisir en argumentant qu’elle était trop petite pour ça, il me fallut alors résoudre cette autre question, et en direct. « Pourquoi je suis trop petite pour ça ? »

À la question « Faut-il aimer les chevaux pour aller voir Bartabas ? » la réponse est : non ! Mais après on risque fort de les voir autrement. Quand je pense qu’il y a encore des boucheries chevalines.

À la question « Ça sert à quoi d’être humain ? », si des hommes ont inventé les religions pour tenter d’y répondre, je préfère l’art et la fiction pour ne point y penser.

À la question « Pour qui voter en 2017 ? », maintenant je sais que je voterai Bartabas, qui sera considéré comme nul, preuve que la loi n’a pas toujours raison.

Enfin, à la question, « À quel âge peut-on consommer des testicules de taureau halal », je laisse chacun répondre, mais je suis contre la corrida.

Kiss you love.

 « On achève bien les anges ». Du 30 septembre au 31 décembre 2016/au théâtre équestre Zingaro à Aubervilliers (93) Réservations au 01 48 39 54 17 / www.bartabas.fr / Représentations les mardis, mercredis, vendredis et samedis à 20h30 et dimanche à 17h30.

 

 

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4 commentaires

  1. avatar Hind
    Mardi 25 octobre 2016 à 18:00

    Bravo Blanche pour cet article qui répond à plein de questions et nous en suscite d’autres existentielles ! je te rejoins sur la beauté du spectacle avec les chevaux, très touchant comme ton article.
    Bises

  2. avatar Blanche
    Mardi 25 octobre 2016 à 18:06

    Merci Hind, grand plaisir partagé ! Bises

  3. avatar Amandine
    Mercredi 26 octobre 2016 à 12:21

    C’est rare hein, assez rare… mais parfois on regrette de ne plus vivre à Paris, au moins culturellement parlant.
    Merci pour cet article

  4. avatar Blanche
    Mercredi 26 octobre 2016 à 12:35

    Merci Amandine, parfois on regrette les amies parties loin de Paris, mais c’est pas rare.

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